Tribunal judiciaire de Paris, 9e chambre, 2e section, 5 mai 2026, n° RG 24/09392
Le Tribunal judiciaire de Paris a condamné la Société Générale à rembourser une cliente victime d’une fraude bancaire. La décision est importante car elle sanctionne à la fois une contre-passation irrégulière et un défaut de preuve sur plusieurs opérations non autorisées.
Dans cette affaire, une cliente de la Société Générale avait été victime d’une fraude au faux conseiller bancaire.
Plusieurs retraits ont ensuite été réalisés avec trois cartes bancaires, pour un montant total de 20 000 euros.
La banque avait d’abord remboursé 10 000 euros, avant de reprendre cette somme par une écriture inverse.
Par jugement du 5 mai 2026, le Tribunal judiciaire de Paris condamne la Société Générale à payer à sa cliente :
- 10 000 euros au titre des opérations irrégulièrement contre-passées ;
- 1 500 euros au titre du préjudice moral lié à cette contre-passation ;
- 10 000 euros au titre d’autres opérations de paiement non autorisées ;
- 3 000 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile.
Résumé de la décision
Qu’est-ce qu’une authentification forte ?
L’authentification forte est une sécurité renforcée.
Elle repose sur au moins deux éléments distincts.
Ces éléments peuvent appartenir à trois catégories :
- un élément que le client connaît, comme un code secret ;
- un élément que le client possède, comme une carte ou un téléphone ;
- un élément propre au client, comme une empreinte digitale.
L’objectif est de réduire le risque de fraude.
Mais en cas de contestation, la banque doit pouvoir prouver cette authentification.
Elle doit produire des éléments suffisants pour démontrer que l’opération litigieuse a bien été validée dans les conditions prévues.
Dans cette affaire, le tribunal distingue les cartes utilisées.
Pour la première carte, la banque produit des certificats d’authentification.
En revanche, pour les deux autres cartes, elle ne produit pas de preuve équivalente.
Le tribunal en tire une conséquence importante.
Pour les retraits réalisés avec ces deux cartes, la Société Générale ne rapporte pas la preuve exigée.
Elle doit donc rembourser 10 000 euros à sa cliente.
Qu’est-ce qu’une contre-passation ?
La contre-passation est une écriture bancaire inverse.
Elle consiste à annuler une opération déjà inscrite sur un compte.
En pratique, la banque crédite d’abord le compte, puis passe ensuite une écriture contraire.
Par exemple, si la banque crédite 10 000 euros, elle débite ensuite le même montant.
Cette seconde écriture neutralise le remboursement initial.
Dans cette affaire, la Société Générale avait d’abord remboursé 10 000 euros à sa cliente.
Quelques jours plus tard, elle a repris cette somme.
Elle a donc débité à nouveau le compte de sa cliente.
C’est cette opération qui constitue la contre-passation.
Le tribunal rappelle que cette pratique n’est pas libre.
La banque doit être autorisée par un texte, par le contrat ou par le client.
À défaut, la contre-passation peut être irrégulière.
Pourquoi le tribunal condamne la Société Générale ?
Le tribunal condamne la Société Générale pour deux raisons principales.
La première concerne la contre-passation.
La banque soutenait qu’elle pouvait reprendre les 10 000 euros après réexamen du dossier.
Elle estimait que les opérations ne devaient finalement pas être remboursées.
Mais le tribunal rejette cette analyse.
Il rappelle que le Code monétaire et financier impose un remboursement immédiat en cas d’opération non autorisée.
En revanche, ces textes ne permettent pas à la banque de rembourser à titre provisoire.
Ils ne l’autorisent pas non plus à reprendre les fonds après analyse du dossier.
Le tribunal constate aussi que la Société Générale ne vise aucun texte autorisant cette pratique.
La banque ne produit pas davantage de stipulation contractuelle suffisante.
Elle ne pouvait donc pas contre-passer les 10 000 euros sans l’accord de sa cliente.
Le tribunal condamne alors la banque à restituer cette somme.
Il accorde aussi 1 500 euros de dommages-intérêts au titre du préjudice moral.
Ce préjudice était lié aux conséquences concrètes de la contre-passation.
La cliente s’était retrouvée en difficulté financière pendant des vacances à l’étranger.
La seconde condamnation concerne les autres cartes bancaires.
Pour les retraits réalisés avec deux autres cartes, la banque ne produit pas de preuve suffisante de l’authentification.
Le tribunal condamne donc la Société Générale à rembourser 10 000 euros supplémentaires.
Quelles conséquences pour les victimes de fraude bancaire ?
Cette décision est utile pour les victimes de fraude bancaire.
Elle montre d’abord qu’un remboursement initial doit être surveillé.
Une banque peut parfois rembourser, puis reprendre les fonds quelques jours plus tard.
Dans ce cas, il ne faut pas considérer le dossier comme terminé.
La victime doit vérifier ses relevés bancaires.
Elle doit aussi conserver tous les documents utiles.
Cela comprend notamment :
- le courrier de remboursement ;
- l’écriture de contre-passation ;
- les relevés de compte ;
- les échanges avec la banque ;
- la plainte déposée ;
- les justificatifs des opérations contestées.
Cette décision montre aussi l’importance de la preuve.
Si la banque refuse le remboursement, elle doit démontrer que les opérations contestées ont été authentifiées.
Elle doit fournir des éléments précis.
À défaut, elle peut être condamnée à rembourser les sommes débitées.
- Une banque ne peut pas toujours reprendre un remboursement déjà versé par une simple contre-passation.
- En cas de paiement non autorisé, la banque doit prouver que l’opération a été correctement authentifiée.
- Des traces informatiques préparatoires ne suffisent pas toujours à établir l’authentification forte.
- Après un remboursement bancaire, la victime doit continuer à surveiller son compte.
FAQ : fraude bancaire, contre-passation et recours contre la banque
Une banque peut-elle reprendre un remboursement déjà versé ?
Pas nécessairement.
Si la banque crédite le compte après une opération contestée, elle ne peut pas toujours reprendre librement les fonds.
Elle doit disposer d’un fondement juridique, contractuel ou d’un accord du client.
Que faire si la banque rembourse puis reprend l’argent ?
Il faut réagir rapidement.
La victime doit demander des explications écrites à la banque.
Elle doit aussi conserver le courrier de remboursement et le relevé montrant la reprise des fonds.
Une analyse juridique permet ensuite de vérifier si la contre-passation était régulière.
La banque doit-elle prouver l’authentification forte ?
Oui.
En cas de paiement non autorisé, la banque doit prouver que l’opération a été authentifiée, enregistrée et comptabilisée.
Elle doit aussi démontrer l’absence de déficience technique.
De simples traces préparatoires peuvent être insuffisantes.
Une victime peut-elle obtenir un remboursement même après une fraude au faux conseiller ?
Oui, selon les circonstances.
Chaque dossier dépend des faits, des preuves produites et du comportement de la banque.
La banque peut invoquer une négligence grave.
Mais elle doit encore établir les conditions lui permettant de refuser le remboursement.
Le cabinet COLMAN Avocats intervient-il dans ce type de dossier ?
Oui.
Le cabinet COLMAN Avocats intervient dans les litiges liés aux fraudes bancaires, aux paiements non autorisés, aux faux conseillers bancaires et aux contre-passations.
Nous analysons notamment :
- les opérations contestées ;
- les échanges avec la banque ;
- les preuves d’authentification ;
- les écritures de remboursement ;
- les éventuelles contre-passations ;
- les recours envisageables.


